Les ondes thêta

On va commencer par définir ce que sont les ondes thêta. A mesure que le calme et la relaxation font place à la somnolence, le cerveau passe à des ondes plus lentes, au rythme plus marqué, d’une fréquence de 4.5 à 8 Hz. Chacun produit des ondes thêta au moins une fois par jour : durant les brefs instants où nous dérivons de la somnolence consciente au sommeil et aussi quand nous passons du sommeil à l’état d’éveil. Le mode thêta est accompagné d’images mentales tout à fait inattendues et imprévisible ; elles ressemble à celles du rêve, mais sont très vives (on leur donne le nom d’images hypnagogiques). Souvent, ces images étonnamment réelles sont accompagnées de souvenirs intenses, souvent des souvenirs d’enfance. Le mode thêta donne accès à l’inconscient, à la rêverie, à l’association libre , aux éclairs de génie, à l’inspiration créative. C’est un état mystérieux, insaisissable, ainsi les chercheurs ont eu des difficultés à étudier. Il est de plus difficile à faire durer puisqu’on s’endort aussitôt qu’on se met à produire de grandes quantité d’ondes thêta.

Un peu d’histoire

Au cours des années 60, les chercheurs ont fait la découverte suivante : en des utilisant des appareils qui contrôlent électriquement des fonctions physiques sélectionnées, les êtres humains peuvent apprendre à générer ces fonctions à volonté. Même si les appareils de bio-feed-back pouvaient contrôler n’importe quelle fonction physique, les chercheurs se concentrer surtout sur la production d’ondes alpha. Le stress, problème commun à tant de gens, trouve son antidote reconnu dans la relaxation. Puisque la fabrication d’ondes alpha accompagne la relaxation et qu’il est facile d’apprendre à les produire consciemment, les spécialistes cliniciens en bio-feed-back ont supposé que si l’on pouvait apprendre à générer des ondes alpha, on se relaxerait automatiquement. Au début des années 70, l’apparition d’appareils de bio-feed-back relativement bon marché provoquera un engouement soudain pour le sujet, et alpha devint le terme à la mode utilisé par la les mass media et les gens en quête de développement personnel.

Le lien avec la méditation

moine-meditation

Au milieu de tout ce brouhaha entourant le rythme alpha, une étude antérieure, faite par Akira Kasamatsu et Tomio Hirai, était passé presque inaperçue : ils y analysaient l’EEG (L’électroencéphalographie ) de moines zen plongés dans des états de méditation profonde. Les moines passaient par 4 étapes : l’apparition des ondes alpha, l’augmentation de leur amplitude, la diminution de leur fréquence et finalement (pour les plus expérimenté en méditation d’entre eux), la production de longs trains d’ondes thêta.

Fait à noter : Les 4 états correspondaient à l’état mental des disciples, évalué par un maître zen, et au nombre d’années de formation zen de chacun.

En d’autres termes, plus un moine avaient d’expérience en méditation, plis il produisait d’ondes thêta. Ainsi, c’était les moines qui avaient plus de 20 ans d’expérience qui en produisaient le plus. Et même dans les profondeurs du rythme thêta, les mines n’étaient pas endormis, mais bien éveillés mentalement.

Elmer et Alyce Green, chercheurs en bio-fed-back à la clinique Menninger, s’intéressaient au rythme theta(ils avaient étudié les ondes cérébrales du célèbre yogi Swami Rama) et ils commencèrent à entraîner des personnes à produire consciemment des ondes thêta. Ils découvrirent que le rythme thêta était associé à une intériorisation profonde et à un apaisement du corps, des émotions et des pensées, qui permettaient l’arrivée, dans le champ de conscience, d’images hypnagogiques encore jamais vues, ni entendues. A mesure que leurs groupes d’étude progresser, ils étaient surpris de découvrir qu’un grand nombre de personnes faisaient état d’expérience «unifiantes » menant à l’impression d’un bien être psychologique.
Beaucoup d’entre elles ont commencé à noter des améliorations spontanées dans leurs relations personnelles. De nombreux souvenirs d’enfance depuis longtemps oubliés sont revenus avec beaucoup de précision à la mémoire : Ce n’était pas comme un souvenir qu’on retrouve mais plutôt comme une expérience qu’on revit. Certains ont noté un bien-être physique autant que psychologique. ; les Green ont constaté que les personnes qui avaient le plus d’images hypnagogiques étaient psychologiquement plus saines, avaient plus d’assurance en société, étaient moins rigide et conformistes, plus créatives et s’acceptaient mieux que celles qui en produisaient peu ou pas du tout.

Les greens furent surpris de leurs découvertes ; ils en conclurent que le rythme thêta créait une nouvelle sorte du conscience du corps très liée au bien être total. Sur le plan physiologique, le rythme thêta semblait amener « la guérison et la régénération physiques ».

Dans le domaine affectif, le rythme thêta se manifestait par une amélioration des relations avec les autres, par une plus grande tolérance, une plus grande compréhension , par l’amour de soi même et du monde qui nous entoure.

Dans le domaine mental, il permettait des idées nouvelles et valables ou des synthèses d’idées obtenues non par déduction, mais plutôt par intuition, comme jaillissant de sources inconscientes.

Conscients du potentiel énorme de bienfaits que constitue le fait de savoir produire des ondes theta , les Green, très excités, et on comprend pourquoi, conçurent un projet de recherche qu’ils nommèrent : « Utilisation des ondes cérébrales pour jouir d’une meilleure santé mentale. » Ce travail avait pour but de former des psychothérapeutes qui aideraient leurs patients à apprendre la technique.

Mais apprendre à produire des ondes thêta n’est pas une mince affaire. Tout d’abord le rythme theta conduit en général au sommeil. De plus comme le notent les Green, « pour pouvoir produire consciemment des ondes thêta , il faut avoir des pensées, des émotions et un corps très calmes, le tout en même temps ». Des cyniques pourraient même rétorquer que si ces trois conditions sont réunies, on ne doit pas avoir besoin d’entraînement. Le fait est que peu de gens savent réaliser cette heureuse simultanéité et trop peu ont la patience et la discipline pour l’atteindre. Après tout les moines zen mettent bien 20 ans pour y arriver !

Comme le savent les personnes qui ont déjà flotté, un corps, des émotions et des pensées calmes, c’est la description parfaite de l’état que trouve le flotteur. Serait il alors possible que la flottaison augmente et facilite la production d’ondes thêta ?

Le caisson, une solution simple et accessible

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C’est bien ce qu’ont démontré les recherches effectuées. Dès 1956, John Lilly remarquait que l’état d’esprit du flotteur dans un caisson était hypnagogique, plein de rêveries et de fantasmes, avec beaucoup d’images visuelles et de souvenirs d’enfance, avec des happenings mentaux surprenants pour le moi : en un mot, toutes les caractéristiques de l’activité thêta. John Zubek, qui étudiait « les changement dans les tracés EEG en situation de privation sensorielle », rapportait que les ondes thêta y prédominaient. Dans une étude récente, Gary S.Stern, maître de conférence en psychologie à l’université du Colorado à Denver, constatait que les personnes qui ont flotté dans un caisson d’isolation sensorielle pendant une heure ont augmenté de manière très importante leur niveau d’ondes thêta.

Conséquences sur l’apprentissage

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Dans une vaste étude menée par le professeur Thomas R. Taylor de Texas A&M, on a analysé les effets de la flottaison sur différentes sortes d’habilités d’apprentissage en comparant des flotteurs avec des personnes placés en état de relaxation dans une pièce sombre et tranquille. En comparant les tracées EEG des deux groupes, les résultats sont formels , la flottaison augmente la production des ondes thêta.

Il est passionnant de noter que l’activité thêta est très importante chez les jeunes enfants. Kenneth Pelletier remarque : « Au cours de la croissance de l’enfant, le rythme thêta décline proportionnellement à l’augmentation de l’activité alpha, jusqu’à l’age de 10 ou 11 ans. A ce moment, apparaît l’EEG caractéristique d’un adulte normal où prédomine le rythme bêta.

Ceux qui se souviennent de leur enfance ou ceux qui ont eux-mêmes des enfants reconnaîtront immédiatement les rythmes thêta de l’enfance, où les enfants sont tellement absorbés par une activité qu’ils semblent perdre contact avec le monde qui les entoure.

Des études ont démontré que beaucoup d’expérience sont liées à un état, ce qui signifie qu’on ne peut les revivre totalement sans entrer de nouveau dans l’état d’esprit qui présidait à cette première expérience. Cela expliquerait aussi pourquoi lorsqu’on entre en rythme thêta, on a souvent des souvenirs liés à l’enfance qui nous remonte à la mémoire.

Reliant aussi les ondes thêta à la mémoire, une étude du processus d’apprentissage chez les rats indique que la présence d’ondes thêta semble donner le signal que le cerveau est prêt à traiter des souvenirs.

Voilà aussi de nombreux psychothérapeutes aux États Unis trouvent dans la flottaison un auxiliaire précieux à la thérapie puisqu’elle favorise et accélère le processus d’auto exploration.

Le spécialiste en bio-feed-back Thomas Budzynski, directeur clinicien de l’institue de Denver a fait des recherches qui incluent aussi la mesure par EEG du cerveau sous hypnose. Il en a conclu que l’isolation sensorielle augmenterait la production d’ondes thêta et il pense que cela constitue un potentiel énorme pour disposer l’esprit à l’apprentissage.

« Nous bénéficions de fait que l’état hypnagogique, l’état hypnoïde, entre l’éveil et le sommeil, possède la propriété d’accepter sans censure toute information, verbale ou autre, qu’il peut traiter. Est-il possible de prolonger cet état sans s’endormir ? Je suis convaincu que la flottaison est un médium idéal pour y arriver. »

Il est important d’insister sur le fait que d’habituellement lorsqu’on entre en état thêta, on s’endort. Cependant avec le caisson d’isolation sensorielle, ce n’est pas le cas car ce dernier crée une combinaison unique de stimulation cérébral élevé avec une stimulation musculaire réduite.

Il en résulte que les images hypnagogiques puissantes, les idées créatives, les éclairs de génie et les pensées en « bulles de savon » , le « savoir » et expériences unifiantes mentionnées par Elmer et Alyce Green, avec leurs effets bénéfiques sur le corps et l’esprit, tout cela est accessible au flotteur !

Dans un caisson d’isolation sensorielle, ces expériences surviennent alors que le flotteur reste éveillé, ainsi elles demeurent présentes dans le champ de conscience du flotteur même lorsqu’il en est sorti.

Un état propice à la créativité

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Les Green et d’autres chercheurs ont observé que beaucoup de grandes découvertes furent le résultat d’imagerie hypnagogique expérimentée en mode thêta. Le chimiste Friedrich Kekule, par exemple, a décrit très précisément l’état de rêverie pendant lequel il eut soudain une image mentale d’atomes formant une chaîne et de serpents se mordant la queue. La découverte qui s’ensuivit, à savoir que les composés organiques se présentent sous forme d’anneaux fermés, fut décrite comme la plus brillante hypothèse jamais faite dans toute la chimie organique. On pourrait citer de nombreux exemples de ces moments d’inspiration et de créativité survenus alors que le penseur s’endormait, ou fixait le ciel, où errait de manière solitaire. A peu prêt tous parlait de la somnolence, de la relaxation physique et de l’imagerie mentale apparaissant de façon inattendue. Ce sont des exemples évidents de mode thêta. Le caisson d’isolation sensorielle ne peut pas évidemment tous nous transformer en génies, mais sa capacité d’induire le rythme thêta signifie qu’il peut apporter une aide précieuse pour favoriser la créativité.

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