L’expérience du caisson de flottaison est-elle une sorte de retour au sein maternel? Beaucoup de gens le pensent. L’idée est si répandue qu’un centre de flottaison s’appelle The Womb Room (qu’on pourrait traduire en français et ce même si ça sonne beaucoup moins bien par la chambre-utérus).

Les analogies sont frappantes: flottaison dans une dense solution saline tiède, dans un espace sombre, à l’abri du danger; ondes cérébrales thêta (comme chez les bébés) qui créent une impression d’intemporalité; une vague conscience, dans un futur non connu, on devra quitter ce havre de sécurité pour un endroit différent, moins paisible…

Considérées sous cet angle, les études préliminaires de Fine et Turner du Medical College of Ohio, qui émettaient l’hypothèse que la flottaison provoque une augmentation de la sécrétion des opiacés naturels du corps, les endorphines, prennent une importance fascinante. Les endorphines sont sécrétées par la glande pituitaire, et l’on sait qu’au cours de leur grossesse les femmes développent un lobe supplémentaire à la glande pituitaire. Des tests ont montré que les femmes enceintes ont jusqu’à huit fois la quantité normale d’endorphines dans le sang. Ces endorphines traversent librement le placenta; le fœtus connaît-il aussi l’expérience de cet extraordinaire niveau d’endorphines?

De jeunes chiots, de petits poussins, de jeunes cochons d’Inde, séparés de leur mère, se sont arrêtés de pleurer et d’être en état de stress après avoir reçu des doses massives d’endorphines. Les neuroscientifiques qui menaient l’expérience remarquèrent:

« Comme si, sur le plan neurochimique, les opiacés servaient d’équivalent à la présence de la mère, les animaux qui avaient reçu des endorphines se calmaient rapidement. »

En fait, les endorphines sembleraient être littéralement un substitut maternel. Les endorphines ne font pas que soulager la douleur; comme les autres opiacés, l’héroïne ou la morphine par exemple, elles créent des états d’euphorie intense. La félicité prénatale, alors, est un état physiologique réel. Elle sera le point de référence pour toutes les autres joies et expériences qui, à la comparaison, apparaîtront tristement indigentes. C’est pourquoi, lorsque nous sommes « suspendus » dans l’atmosphère douce et sombre du vaisseau, notre corps vibrant au rythme d’un battement cardiaque audible et réconfortant, notre cerveau pompant les endorphines, il est bien possible qu’une mémoire subconsciente soit activée, et que des associations émotives profondes soient évoquées.

Maman et moi ne faisons qu’un

Ces hypothèses présentent encore plus d’intérêt lorsqu’on tient compte des recherches menées par Lloyd Silverman sur la perception subliminale. Au début, Silverman voulait utiliser la perception subliminale pour désensibiliser les gens qui avaient peur des cafards. Utilisant un tachistoscope (une machine qui montre un message si rapide que le spectateur ne peut le voir consciemment), il montrait un message neutre, « les gens marchent », à un groupe; à un autre groupe, il montrait « Maman et moi ne faisons qu’un », un message chargé de sens. Après quatre séances, le groupe qui avait vu le dernier message subliminal avait fait beaucoup plus de progrès que le groupe témoin .

Silverman utilisa alors la même technique sur des étudiants en droit dont les résultats académiques étaient égaux avant l’expérience. Ils furent placés au hasard en deux groupes, et on leur montra des messages subliminaux quatre fois par semaine pendant une session d’été de six semaines. À la fin, le groupe qui avait reçu le message « Maman et moi… » obtint des notes de beaucoup supérieures à celles de l’autre groupe. Silverman en conclut que le pouvoir du message subliminal « Maman et moi. .. » était comme « la réalisation magique de souhaits émanant du niveau de développement premier , particulièrement des souhaits de gratification orale et de réconfort maternel. »

Le psychologue et écrivain Howard Halpern, à partir de ces résultats fascinants, fait remarquer que le message « Maman et moi… » a semblé agir comme une assurance que maman ne les quitterait ni ne les abandonnerait, et comme un réconfort dans l’insécurité qu’ils vivent lors de séparation temporaire, puisque après tout « maman et moi ne faisons qu’un ». Enfin, comme une fusion avec la force de la Mère qui peut remédier comme par magie à toutes les lacunes et à toutes les défaillances.

Dans le livre qu’ils ont écrit sur ces expériences , The Searchfor Oneness, Silverman et ses associés se demandent comment la recherche de la fusion avec la Mère et le désir de ne faire qu’un avec elle peuvent, dans le quotidien, devenir l’impulsion la plus puissante, incitant les gens à des activités aussi variées que la méditation, les expériences religieuses de toutes sortes, la consommation de drogues et d’alcool, l’entrée dans des sectes religieuses ou le jogging.

Si le besoin d’unité et de fusion avec la force de la Mère est si puissant, et que le caisson d’isolation sensorielle présente une analogie si frappante et si convaincante avec l’utérus maternel, nous comprenons alors de manière évidente pourquoi le caisson apporte une expérience si satisfaisante qui développe la confiance. Nous comprenons aussi pourquoi les flotteurs ont souvent l’impression que leur vie devient plus complète. Si une heure ou deux de flottaison peuvent nous faire vivre aussi intensément le sentiment d’unité qui constitue le but ultime de notre vie, il est alors facile d’expliquer l’atténuation spontanée des peurs, la réduction spontanée du tabagisme, de l’alcoolisme et de la toxicomanie , et l’afflux considérable d’énergie, de créativité et de productivité qu’éprouvent fréquemment les flotteurs.

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